mercredi 22 mars 2017

Carnets de TCA où est-ce que la guérison

Etant donné qu'il est 5h du matin et que je suis incapable de dormir quand on est trop proche de moi (j'en veux aux normes de couple qui sont en faveur du partage du lit, je dors à peu près 5h - souvent moins - à cause de ça), je vais vous parler de mes TCA (encore) et de comment ils ont évolués depuis il y a un an où à la rentrée j'avais pris la résolution de ne plus manger le midi (ni le matin ni le soir, bref, les TCA, quoi).

Hé bah c'est plutôt la guerre dans mon cerveau (pour changer).
Si tu veux je te fais l'état des lieux de comment ça se passe depuis que j'ai quitté le lycée (trois ans d'autonomie) : 
L1 : je saute beaucoup de repas, je ne me pèse plus jamais, je fais trop de sport, je me blesse, j'arrête de faire trop de sport, je recommence, je me blesse. Je rentre dans une phase restrictive violente à l'approche de l'été où je fais des crises d'angoisses à l'idée de manger un kiwi alors que j'ai marché 4h.

L2 : je continue à ne pas manger le midi et à ne presque rien avaler le matin et le soir mais ça va un peu mieux (?). Toujours pas de balance, ce qui diminue la prise de tête et l'augmente en même temps. J'ai une sorte de déclic en octobre-novembre, quand je me rends compte que passer ses partiels avec rien dans le ventre et une douleur constante dans l'estomac ben...ça fait mal. Et ça n'aide pas. Du coup réalimentation anarchique + pas de sport (je refusais d'en refaire parce que 1) plus de possibilité de courir 2) je ne sais pas vraiment gérer le sport via les vidéos de sport. Tout ce contenu de soyez heathy fit blablabla la meilleure version de vous même ça a tendance à me recoller le nez dans mes TCA de façon très violente (et dans la culpabilité de ne pas atteindre la perfection / de ne pas m'entraîner tous les jours pendant x temps, bref, je n'ai jamais trouvé tant de positif dans la communauté fitness mais chacun son truc)). Du coup je prends gentiment du poids (et je refume, aussi, pendant quelques mois, puis je re-stop brutalement, ce qui n'aide pas trop) et ça suffit à me faire disjoncter. Retour à la case départ. Eté. Phase restrictive. Ingérable parce que je suis chez mes parents. L'envie constante de me tirer une balle dans la tête mais un grand sourire de "je vais bien" (alors que non, j'ai envie de mourir très fort, je ne veux plus être dans mon corps et en plus de ça j'angoisse énormément à l'idée de retourner à la fac).

L3 : Début un peu chaotique. J'ai réintroduis le repas de midi depuis le début de l'année. Et le sport, aussi. Beaucoup au début de l'année (enfin trois séances par semaine), avec de la musculation un peu intense pour faire travailler le corps et "me muscler le dos" et puis ce qui devait arriver arriva : blessure, douleur au dos tellement vive que j'avale de l'ibuprofène par paquet de douze (moins, en fait), tendinite des bras qui se réactivent et ne disparaissent plus entre les séances, bref, faites du sport. L'ostéopathe m'engueule un peu sur le mode "tes vertèbres elles dansent le cha-cha là arrête donc de soulever des trucs et t'as l'air trrrèèès fatigué ton corps a plus besoin de repos que de travail en plus". Re-arrêt.
Depuis décembre je cohabite avec une balance, donc depuis décembre mon poids est stable et je le sais et ça n'est jamais arrivé de toute ma vie donc je ne sais pas quoi en faire, de ce poids stable (qui est trop haut selon mes critères d'anorexique rongée du neurone, trop haut selon mes critères "normaux" (si tant est que j'en ai), mais ça va l'IMC est content et ça aide à tolérer). Je me rends compte que je n'ai pas de repère dans mon corps, que je fluctue entre une perception de moi trop grosse ou trop maigre (par rapport au réel), que je n'ai aucune idée du réel, que les cinq centimètres pris depuis la fin du lycée me perdent encore plus, que les muscles cachés quelque part là-dessous (je refais du sport. Je soulève juste plus des trucs parce que j'en ai marre d'avoir mal tout le temps (enfin je veux dire que j'ai déjà mal tout le temps un peu partout et si j'en rajoute c'est trop)) accentuent encore le décalage ressenti entre moi et le chiffre. Donc je ne sais plus vraiment où j'en suis niveau corps, parfois je me sens bien, parfois je disjoncte pendant les cours et j'angoisse juste parce que mon corps existe dans l'espace...C'est très compliqué mon rapport à mon corps et je suis pas sûre de bien comprendre. D'avoir stoppé le "je mange pas. Rien. Jamais." ça a soulevé tout un tas de questions auxquelles je ne faisais pas attention parce que de toute façon mon corps je le détestais donc il fallait arrêter de manger et le punir.
Oui et non, c'est beaucoup plus compliqué que ça.

J'ai lâché prise en entier sur l'alimentation. C'est-à-dire que je mange quand j'ai faim, et ce que je veux, et même si j'ai des coups de panique parce que je ne mange pas toujours parfaitement (qui fait ça ?), ça va. Y'a des séquelles, quand même. En janvier-février j'ai fais un stage dans mon ancien lycée et deux jours par semaine il fallait donc que je mange en salle des profs, que j'apporte de la nourriture que j'avais faite moi et que je la mange devant des inconnus ou pire mes anciens profs (c'était très dur). Du coup y'a eu des journées sans manger avec trop de cigarettes et la tête qui tourne. Ce sont des choses qui arrivent. Le week-end quand le Fou n'est pas là j'ai horriblement du mal à manger (d'ailleurs je fais globalement deux repas qui sont globalement une tranche de pain et globalement tu peux voir que les moments où on me laisse gérer je démissionne). 
J'ai aussi des angoisses parce qu'à force d'avoir passé 5 ans à dire non à toutes les envies alimentaires je m'en retrouve avec plein des fortes impérieuses dures à gérer. Du coup je les laisse traîner une semaine, deux semaines, où j'ai l'impression de manger n'importe comment et beaucoup trop (alors que non, je mange même moins parce que souvent j'ai pas envie de ce que je mange et ça me coupe), juste parce que je refuse de céder à l'envie. (Anecdote drôle : une fois j'ai eu un craving sur de la salade (très exactement de la roquette mélangée à de la mâche le craving est toujours beaucoup trop précis), et j'ai paniqué comme si j'avais eu envie de manger un truc interdit. Mais vraiment paniqué parce que j'arrivais pas à vouloir autre chose que de la salade et qu'avoir envie d'un truc à ce point c'était dangereux et que céder aux envies c'est dangereux. Ou comment mes TCA m'ont empêché de manger de la salade sereinement (mais c'est ça qui m'a fait capter que les envies alimentaires intenses je pouvais les écouter c'était pas dangereux)).
Bref, j'ai encore un peu un problème de contrôle (ou plutôt ça m'embête d'avoir lâché le contrôle, d'ailleurs je n'arrive pas à arrêter de fumer intégralement alors que ça ne me posait aucune difficulté avant, donc je me dis que y'a quelque chose qui vient pour compenser un truc).

Mais pour être honnête, je crois que j'en suis arrivée au point où j'ai autre chose à faire que de pas manger. Mes études me passionnent et avec les troubles croisés (l'anxiété, l'autisme, l'insomnie souvent et de plus en plus) je ne peux juste pas vivre si je ne mange rien.

Alors j'ai dis que c'était pas très grave si y'avait un peu trop de moi à mon goût et j'ai essayé de vivre, pour voir.

jeudi 16 mars 2017

Vita et Vivi : Correspondances, de l'amour, du quotidien, Potto et des phalènes

Mais qu'est-ce que c'est que ce titre.
J'ai pris la résolution intime et déterminée de vous faire des chroniques de livres. Je lis pas mal de livres (sans blague), tout en n'étant pas vraiment une grosse lectrice. Enfin je suis quand même plutôt rapide mais je lis beaucoup moins que quand j'étais une enfant.
(cependant j'ai appris dans je ne sais quel magazine que lire plus de 15 livres par an, c'était être un gros lecteur. J'en suis à 19, là, en mars).
Spoiler alert : les livres ont, ont eu, auront une importance capitale dans mon existence.
Spoiler alert : je suis timide, je ne sais pas parler, je suis frustré. Je ne parle jamais assez de livres.

Donc dernièrement j'ai lu la correspondances entre Virginia Woolf (spoilert alert : il n'y a pas d'auteur que j'aime plus, qui soit plus à l'intérieure de moi-même que Virginia Woolf) et Vita Sackeville-West. En vrai je voulais lire son journal intégral mais ça allait prendre beaucoup trop de temps à lire et je cherchais a bit of light reading pour pendant les vacances.

550 pages de correspondance. Une préface / introduction plutôt fournie (oui je lis la préface déformation professionnelle du coup je vous fais une revue de la préface), qui donne un bon aperçu de l'oeuvre et éclaircit certains points qui peuvent être obscurs ou mal interprétés selon si tu es un biographe de Vivi ou pas. Cela étant, le gens qui a fait la préface est un peu trop à mon goût dans l'interprétation (ce qui m'embêterait moins si j'étais d'accord avec lui, or je ne suis jamais d'accord avec les gens à préface), ce qui est un défaut très commun aux gens de préface il me semble - sauf la préface de Portrait d'un inconnu faite par Sartre pour Nathalie Sarraute qui est très très bien.

J'aime plus qu'aucune autre la littérature de l'intime. Et j'aime plus que n'importe quel autre écrivain Virginia Woolf.
Donc j'ai sauté sur la correspondance de Vivi et Vita (j'aurais bien sauté sur son journal mais il y avait du travail à faire, encore du travail, toujours du travail et le journal était conséquent - trop).
J'ai lu la correspondance Vivi et Vita.
Première remarque : Virginia Woolf est une épistolière incroyable. Vita Sackeville-West est une épistolière incroyable (et je meurs d'envie de découvrir sa littérature - donc j'en lirais probablement dans trois *ha non je passerais l'agreg haha* quatre ans), elle aussi (mais Vivi > le reste du monde).



Si tu as déjà lu du madame de Sévigné, tu es un peu familièr.e de cette façon de raconter les petits tout-et-riens du quotidien, les gens qu'on voit, ce que l'on fait, les petites nouvelles des uns, des autres, les gens qui passent, qui demeurent, qui passent...
Et il y a très ça dans la correspondance de Vivi et Vita. En plus d'une espèce de tension - parfois on sent l'amour, parfois on sait l'amour, parfois on sait les déchirements intimes dont elles ne disent rien dans les lettres.
Il y a une forme de gaieté qui ne parvient pas à s'éteindre dans les petites choses du quotidien.
Elles saisissent ça.

Bref, j'ai beaucoup aimé ce livre et le conseille même à celleux qui ne sont pas Virginiawoolfauphile comme moi.

dimanche 5 mars 2017

"T'écris pas des vrais hommes"

Un jour j'ai fais lire un texte à quelqu'un.
Il m'a dit que mon personnage ressemblait pas à un homme.
Parce que mon personnage, il était trop dans ses émotions et plein de fragilité. Donc pas un homme, hein.
Et le héros de mon livre que j'écris en ce moment, c'est un garçon cisgenre.
Mais misère, il n'est pas écrit comme un garçon !
Il a des émotions !
Il pleure !
Il ne cherche pas à faire le sexe avec une fille !
Il n'est pas courageux ni agressif !
Quelle horreur, ça n'est pas un vrai garçon !
(Ceci est de l'ironie)



On parle beaucoup de la représentation des filles hors des clichés de fille, et elle est ultra-nécessaire et j'essaye d'y faire attention, de proposer de bons personnages féminins, suffisamment réalistes et variés, mais je pense que c'est tout aussi nécessaire de faire attention à comment on représente les garçons. Ils sont certes sur-représentés mais j'ai un peu l'impression qu'on a toujours les mêmes garçons avec la même masculinité traditionnelle.
Alors que, ne m'identifiant pas à 100% au genre fille ni à 100% au genre garçon mais parfois au genre fille ou au genre garçon, si je trouve des filles auxquels je peux m'identifier, niveau garçon y'en a zéro.
A part Harry Potter parfois et les garçons que moi j'ai écris.

Les personnages hommes que j'écris sont de vrais hommes. L'expression de genre masculine va au-delà des clichés de genre. Et c'est important pour moi - et probablement pour d'autres personnes - d'écrire des personnages masculins qui soient fragiles. Qui ne soit pas nécessairement des garçons-hétéro-graou-virils. Parce que, enfin, je sais pas, vous trouvez pas que y'en a pas déjà trop, de ça ?

En tant qu'auteur je trouve ça dur parfois de faire attention aux questions de représentation. J'ai tendance à faire des persos blancs maigrichons éthérés parce que c'est une esthétique que j'aime beaucoup et avec laquelle j'ai grandis, mais en terme de représentation c'est pas top du tout. Donc j'essaye de modifier mes persos mais je ne trouve pas ça neutre de décréter que "oh lui sera Coréen et elle aura des parents venant du Maroc et puis lui sera gros et elle sera handicapé" parce que ça a forcément un impact. Et j'ai peur d'être maladroit, de faire des trucs clichés, de pas savoir faire. Je veux bien les traiter comme n'importe quel être humain mais dans tous les cas la société te traite pas pareil suivant ta couleur de peau, ton genre, ton poids, tes handicaps visibles ou invisibles...Du coup c'est compliqué à écrire.
L'autre point qui me culpabilise c'est que j'écris souvent à propos de gens malheureux. Je n'ai pas encore compris comment écrire le bonheur. Mais du coup, si je propose une fille trans malheureuse, est-ce qu'on va penser que tous les trans sont malheureux ? Si je propose un personnage d'autiste malheureux et incapable de vivre, on va penser que tous les autistes sont comme ça ? Si je montre un couple de lesbiennes qui ne savent pas comment s'aimer, on va penser que les personnes homosexuelles ne vivent pas de vrais amours ? Si je fais un perso asexuel et dépressif, on va penser que les asexuels le sont à cause d'une dépression ?
A partir du moment où j'ai commencé à m'intéresser aux questions de représentation j'ai dû commencer à repenser mes histoires. Parce que j'ai envie de montrer qu'il y a une issue quelque part (mais en même temps j'ai pas trop trouvé où je crois que l'issue parfois c'est juste continuer à marcher avec la tempête au-dessus de la tête) mais si j'écris jamais au sujet des gens heureux comment est-ce que ça peut marcher, comment est-ce que je peux rassurer les gens ?
Je sais pas trop.

ça m'intéresserait d'avoir ton opinion de lecteur, d'auteur, d'artiste...Tu as déjà réfléchit aux questions de représentation, toi ?

mercredi 1 mars 2017

Lapinologie - être déçu

Quand j'ai rencontré Tolstoï-le-lapin-de-moi, j'ai essayé de tout faire bien.
Je m'allongeais par terre pour laisser la bestiole venir découvrir l'autre bestiole (moi). Je lui faisais des caresses qu'il pouvait apprécier (il y a des contacts que les lapins préfèrent à d'autres (Tolstoï-le-lapin préfère qu'on lui masse gentiment les joues)). Je refusais de le brusquer, je refusais de le prendre de force pour le caresser, je refusais quoi que ce soit de violent (et d'abuser de ma taille d'humain). J'avais envie de hurler sur mon père qui lui criait dessus, qui lui faisait peur, qui était brusque - mais non un enfant ça doit le respect et puis c'est drôle c'est pas grave je m'en fous que tu fasses ton possible pour cet être vivant soit heureux et sécurité et en bonne santé.

Puis j'ai eu un énorme épisode dépressif. J'ai arrêté de passer du temps avec mon lapin. Ou le temps que je passais avec lui était frustrant. Les deux attaquaient les mains dès qu'on les approchaient d'eux. Pas sociables.
Puis je suis partie à la fac.
Donc plus de lapinage.
Du tout.
J'avais abandonné un animal qui était sous ma responsabilité et je me sentais coupable. A la fin ils ne sortaient presque plus de leur cage et ils mangeaient des mélanges de granulés avec du maïs dedans (alors que hein (je peux te balancer des infos pendant très très très longtemps à propos des lapins, tu sais))(mais bref retient ceci : herbivore strict, pas de fucking céréales, et si tu as envie tu peux lire les 12 pages de pdf)(j'ai eu du mal à trouver des sources qui ne sont pas des sources de "comment alimenter ton lapin si tu veux faire un élevage pour manger du lapin").
Et puis Bubulle-le-second-lapin est mort.
La tête dans sa gamelle de graines toxiques.

Et j'ai pleuré parce que c'était ma faute parce que je n'avais pas su protéger les bestioles. Parce qu'il avait 5 ans et que ce n'est pas vieux, comme âge (pas du tout) pour un lapin. Parce que c'était ma putain de faute.

Alors le Fou a dit d'accord, on le prend ta bestiole, on le met dans un coin.
Semi-liberté. Il a un enclos d'un mètre vingt sur un mètre vingt, accès à tout l'appart, des trucs pour défouler sa lapinance dessus (#BouleFoin), de la meilleure nourriture (même si le changement se fait en douceur - càd je lui file encore des graines mauvaises mais pas tous les jours et qu'il a que des micro quantités de nouveaux aliments). Il ose pas encore sortir, peut-être qu'il osera jamais (aussi le reste de l'appartement est bof intéressant d'un point de vue lapin, y'a rien à brouter et pas de trou pour se cacher), même si pendant le nettoyage de litière il a pointé son nez dehors très vite en marchant comme quand il était encore petit (pas par petits bonds mais comme un petit chien. C'est très mignon en vrai).

Je sens que ça va être très dur de gagner sa confiance en tant que nous humains. Pour le moment il se fout de notre présence / il est pas très content de nous. Il est moins craintif avec moi qu'avec le Fou parce qu'il me connaît un peu et que le Fou essaye de jouer avec lui (alors qu'on a un lapin pour qui les mains sont des choses méchantes qui te saisissent pour te déplacer dans les airs).
Mais il fait sa vie de lapin. Il joue avec ses jouets. Il fait des siestes, couché comme une poule, il se lave pendant au moins 18h par jour (je n'ai jamais vu un lapin faire autant sa toilette), il se barre vite fait en jetant ses pattes en arrière dès qu'on l'embête (càd quand on lui donne de la nourriture), il grognoute comme un lapin curieux dès qu'on fait des trucs dans son enclos (#LeGrandNettoyage), bref, il fait des mignonneries de lapin.

Il m'a laissé le caresser un peu à un moment où il avait peur parce qu'on avait tout chamboulé son environnement (t'avait qu'à pas faire pipi par terre, lapin) et il s'est calmé. J'ai été toute émue-touchée-chamboulée.

Pourquoi je te raconte tout ça, lecteur ?
Déjà parce que j'aime parler de lapins. J'aime les lapins. Si un jour Tolstoï meurt (dans longtemps) ou si j'ai un emploi avant ça, je projette d'en adopter un autre (voir deux ou trois) et d'être très heureuse de ça.
Ensuite parce que, souvent, on lit des témoignages de gens qui ont adoptés des animaux et avec qui c'est idylliques, et on s'imagine que si on en adopte un on va de suite devenir le centre de son univers et recevoir des tonnes d'amour.
Mais ça ne se passe pas tout le temps comme ça.
On est face à un être vivant. Avec un caractère, des émotions, comme nous.
Peut-être que cet être vivant ne nous apportera jamais la tonne d'amour qu'on espérait recevoir. Mais il ne nous doit rien. Nous sommes responsables de lui. Mais il ne nous a rien demandé.
Je suis triste de ne pas pouvoir effacer en un clin d'oeil les erreurs que j'ai faites avec Tolstoï le lapin. J'aimerais qu'il sache que je veux juste son bien.
Mais il n'a aucun moyen de le savoir, et je ne peux pas lui en vouloir de ne pas être câlin avec moi, de ne pas avoir une relation aussi cool avec lui que quand il était bébé. C'est moi qui ait fait des erreurs avec un lapin pas très sociable de base alors je suis triste dans mon coin et je prends mon temps avec lui. Et ça prendra sans toute plus de temps que si je l'avais pas livré à lui-même à un moment.
Il faut passer outre la déception et la frustration.
Alors je fais de mon mieux pour qu'il aille bien, et j'attends.
Et je suis déçue parce que je voudrais bien une relation parfaite avec mon compagnon de planète poilu.
Mais il faut passer outre.

mercredi 22 février 2017

La blessure la plus proche du soleil

Salut à toi lecteurice !

J'ai fais un stage dans mon ancien lycée pendant un mois et demi. J'ai vu des élèves, des cools, des avec qui j'ai échangé plus de trois mots, des que j'ai jamais regardé dans les yeux, j'ai donné le premier cours de toute ma vie (pendant deux heures, avec des secondes choupi et Rimbaud), le deuxième cours de ma vie (pendant trente minutes, sur de la méthodo de dissertation, avec des 1ères S mais ça s'est moins bien passé puisque j'étais crevé, que j'avais préparé mon cours vite fait, que je ne connaissais pas la classe très bien et que j'avais vraiment très très peur).
Mais le mieux, ça a été d'échanger avec les deux profs qui m'ont vraiment formée en tant qu'humain littéraire. J'ai vu comment ils construisaient des cours, des liens, j'ai vu comment ils étaient humainement.
C'était bien de découvrir des humains adultes avec lesquels je ne me sentais pas bizarre.
C'était aussi bien de voir que j'étais capable d'être une prof, d'enseigner, de parler assez fort (spoiler alert les profs arrêtez de crier sur vos élèves pour qu'ils parlent fort c'est pas naturel de parler fort).

Le soir je rentrais avec le monsieur et on discutait. On parlait de gens, de livres et de musique (souvent il parlait de chapeau, de chaussures et de bagues - il aime bien s'habiller joliment et il avait l'air tout à fait enfantin quand il me disait "j'ai commandé une nouvelle bague, regarde").
Et je me souvenais de la morsure. Du désir douloureux d'apprendre, d'avaler la connaissance encore et encore et encore.

Alors je fais ça.
Il s'avère que j'ai du temps, ces derniers temps, pour ça. Alors j'apprends. Je travaille. Je lis. Tout le temps. Intello.

Je n'arrive plus à arrêter, j'ai l'impression que chaque seconde que je passe hors de ça est perdue.
Et en même temps quel enrichissement, toutes ces lectures, ces connaissances. J'ai enfin l'impression d'être à ma place. Pas dans le monde. Dans un monde de mots.

Mais je ne pourrais jamais tout savoir expérimenter connaître. Il me reste tant de choses à découvrir. Je n'ai pas encore exploré la philosophie, et l'histoire, et la sociologie, et les mathématiques, et la physique, et la chimie, et la psychologie, et j'effleure à peine la littérature. Je n'aurais pas le temps. Parce qu'il faut sortir de l'endroit qu'on se forge dans sa tête et vivre. Et socialiser. Et aller en cours - alors que dans les cours parfois on n'apprend rien, on fait.
Je n'aime pas faire.
J'aime absorber parce que je suis un gouffre avide.
C'est ça mon faire. Un faire en creux.

Days I enjoy

Days I enjoy are days when nothing happens, 
When I have no engagements written on my block, 
When no one comes to disturb my inward peace, 
When no one comes to take me away from myself 
And turn me into a patchwork, a jig-saw puzzle, 
A broken mirror that once gave a whole reflection, 
Being so contrived that it takes too long a time 
To get myself back to myself when they have gone. 
The years are too strickly measured, and life too short 
For me to afford such bits of myself to my friends. 
And what have I to give my friends in the last resort? 
An awkwardness, a shyness, and a scrap, 
No thing that's truly me, a bootless waste, 
A waste of myself and them, for my life is mine 
And theirs presumably theirs, and cannot touch.

Vita Sackville-West

dimanche 19 février 2017

Hissez la voile

Y'a cinq jours, le blog a eu quatre ans.
Et moi je ne loupe jamais les anniversaires, tu vois. Enfin si, là si. J'ai même loupé un mois, je crois. ça arrive. ça m'arrive.
Donc le 13 février 2017, ce blog a eu 4 ans.
Tout comme ma large cicatrice au bras gauche et mon passage dans une clinique où j'ai refusé les points de sutures, refusé de parler à ma mère, où le médecin m'a dit "qu'il ne fallait pas faire ça et que c'était bien un truc de L", où j'ai compris que jamais je ne saurais dire ce qui fait mal et ce qui n'est pas grave - j'ai souris face au médecin, comme j'ai souris mercredi dernier quand on me disait que je n'avais jamais été déscolarisée et que ce n'était donc pas bien grave, et qu'il ne fallait pas mentir au médecin en racontant des choses qu'on avait trouvé sur internet (c'est pas grave, j'avais juste été honnête pour la première fois de ma vie à propos de mes difficultés avec un médecin et ça s'est passé pile comme je le craignais - c'est pas grave).
Donc ce blog a 4 ans.
Il s'en passe, des choses, en 4 ans.

Déjà un de mes articles a été cité par le Huffington Post. J'ai eu beaucoup trop de visibilité d'un coup et ça a été terrifiant et en même temps un bout de moi a exulté.
En plus ça parlait des cuillères.
Bon je crois que vu comme la journaliste l'a exposé c'était incompréhensible, mais bref - moi, la petite moi avec son blog tout petit tout intime tout caché exposée au grand jour, ça fait bizarre. Mais j'étais contente d'avoir un peu de reconnaissance sociale.
Aussi tant qu'on est dans le chiffrage, j'ai passé les 100 abonné.e.s sur Hellocoton même si je n'aime plus vraiment la plateforme (trop de côté "magazine féminin", et cette reformulation des titres qui me donne l'impression que les personnes qui postent sur la plateforme sont prises pour des journalistes - mais gratuitement, hein, pourquoi payer les gens dont on prend les contenu. Bref). C'était un cap assez important dans ma petite tête, ce chiffre énorme, 100. Cent tout rond. Mes abonné.e.s ne tiendraient plus dans mon appartement, t'imagine le choc.

C'était fou cette année j'ai rien compris à ce qui se passait, j'ai été prise dans plein de gros tourbillons.
Merci d'être arrivé, parti, venu, resté. Merci de donner de la vie à ce blog (bon, je sais que vous ne pouvez rien pour moi quand je ne poste pas d'articles), merci de me redonner envie parfois quand je me dit que je suis totalement vaine et que je devrais juste me taire.
Merci d'être là, gens de tout poil qui me lisez.

D'habitude là c'est le moment où je vous parle des nouveaux projets pour le blog, où je vous dis que je vais relancer le Youtube (hahaha), et où bref ça devient fou dans ma tête et à m'entendre le blog ça va devenir un truc vraiment dingue en trois mois.
Mais en vrai j'ai pas tellement de projets pour le blog, là, à l'heure actuelle. J'ai envie de partager encore et toujours les petits trucs, de me mettre encore moins de barrière, de faire plus d'articles un peu militants, et en même temps ça va devenir de moins en moins facile, je ne suis plus au lycée, je n'ai plus autant rien à faire qu'au lycée (c'est vrai. A part perdre mon temps, je n'avais rien à faire). Je rentre en master l'an prochain si je suis prise (t'ai-je dis ? J'ai eu mon premier semestre de L3 avec 14,2 de moyenne et 20 à un partiel), et le rythme ne va faire que s'accentuer.
Mais y'a tout un tas de trucs dont je te parlerais quand même bientôt parce que.
J'aime bien te parler, lecteurice.
J'aime bien quand t'es là.
Peut-être qu'un jour toi et moi on ne se croisera plus sur le vaste vaste internet.
En attendant merci d'avoir été là.
Je reviens vite.
Je vais essayer de tenir un peu un rythme mais pas forcément toujours avec des articles qui parlent de trucs précis.
Mais tu me connais pour tenir des rythmes je suis un peu nulle en ça.

Bref.
Je t'ai pas dit assez merci.
Merci lecteurice d'avoir été là depuis quatre ans.
ça te tente de rempiler pour une année ?



jeudi 26 janvier 2017

La représentation toxique des anorexiques

[TW TCA pour tout l'article]

Donc comme à chaque fois que je dois commander des livres pour les cours du semestre, j'en commande quelques-uns que j'ai vraiment envie de lire. J'ai beaucoup hésité avant d'acheter Piégée. Je me connais et je sais à quel point je suis encore sensible aux triggers (alors oui c'est un anglicisme mais un anglicisme nécessaire, j'ai même pas trouvé de périphrase efficace). Mais ça faisait presque six ans que j'avais entendu parler de ce livre pour la première fois (quand je lisais énormément de blogs sur l'anorexie) et six ans après si je ne suis toujours pas parfaitement guérie je suis quand même plus solide.
Bon, j'étais moins solide que ce que je croyais.



Ce n'est pas un livre qui peut laisser intact, surtout pas quand on a souffert de TCA à un moment (d'ailleurs si vous êtes toujours très malade évitez de le lire c'est pas franchement bon pour vous).
Donc Piégée, c'est l'histoire de Marya qui tombe dans la boulimie à 9 ans puis dans l'anorexie un peu plus tard. C'est un livre dur à lire (mais pas si dur que lire du Wilk même si ça ne parle à personne puisque c'est polonais). Elle parle de la haine de soi d'une façon que j'ai trouvé absolument juste, de l'envie d'aller au-delà de mourir mais de se tuer parce qu'on ne sait pas vraiment comment vivre et qu'on se hait de façon profonde et extrême. D'en arriver à la torture. Et de la force de l'habitude, aussi. Elle se construit en se détruisant donc c'est le seul moyen qu'elle a de vivre donc la rechute est toujours inévitable.
Bref.
Je sais pas comment vous raconter son histoire.

Elle parle bien d'anorexie (pour la boulimie je n'en sais rien j'ai jamais été franchement boulimique. Je mangeais parce que j'avais faim. C'était aussi con que ça). Enfin je trouve qu'elle parle bien d'anorexie, d'à quel point ça ne vient pas nécessairement de la relation avec les parents, de la culture et de l'entourage mais d'abord de l'intérieur de soi (après ça, ça pose des questions de détermination mais je vous laisse envahir les commentaires si vous avec des trucs à dire sur la détermination des êtres). Mais aussi de comment la société est toxique à ce niveau.
Je crois que j'ai rien à développer sur ça, il y a un matraquage absolu au niveau de la minceur, du régime normalisé, de la glorification du contrôle...

Et je voulais revenir sur un point parce que c'est en lien.
Quand on représente des anorexiques c'est toujours de façon séduisante et mystérieuse. Déjà l'anorexique est toujours maigre, dangereusement maigre : l'anorexie ça se voit. L'anorexique c'est une sorte de personnage tragique qui s'auto-persécute jusqu'à la mort.
C'est dangereux l'imaginaire des anorexiques.
Parce que l'imaginaire ça va jusqu'à pénétrer les discours scientifiques. Freud a fait de sacré dégâts déjà (pour changer)(Tonton Sigmund il aurait mieux fait de garder sa psychanalyse pour lui tout seul, hein) avec l'idée que l'anorexie vient d'une mère surprotectrice et d'un père trop absent et que pour soigner les malades il faut les sortir de leur cercle familial (indice : non). Mais les récits, les fictions sur l'anorexie, et tout ce dont se nourrit notre imaginaire n'ont pas aidés.
On représente pratiquement toujours dans la littérature médicale l'anorexique comme une fille, adolescente, blanche classe supérieure, qui cherche à devenir parfaite, qui a d'excellentes notes, qui fait énormément de sport, qui est extrêmement intelligente...Qui est pure.

Les anorexiques selon les médecins : douces, belles, iréelles et torturées (bon là elle est pas assez maigre)
(mais j'aimais bien la photo)

Quand je lisais la littérature médicale sur l'anorexie - c'était avant de devenir anorexique (pour de vrai, pas juste en mode j'ai un comportement alimentaire étrange depuis toujours) - ça faisait son chemin en moi, les anorexiques avaient une sorte d'aura magique, elles étaient tout ce que je voulais être : parfaites, pures, intelligentes, extrêmement fortes, minces, et sans estime d'elles-mêmes (j'ai toujours méprisé les gens qui s'aimaient parce que j'ai toujours trouvé que c'était être faible de s'aimer, que ça ouvrait la porte à la paresse et à la complaisance. Aujourd'hui je trouve que c'est un acte politique fort).

Ce que je veux dire c'est qu'on dresse un portrait extrêmement séduisant des anorexiques, mais aussi très restrictif (déjà à cause des critères de diagnostiques qui se basent sur l'IMC, l’aménorrhée et l'amaigrissement, bref à anorexie mentale on a des critères de diagnostique uniquement physique, le monde médical tu marches sur la tête). Et ça n'aide pas quand on est malade parce que quand on te vend l'anorexie comme une quête de perfection, quel sens ça aurait d'arrêter la quête ? Quoi, on va mourir, oui mais p.e.r.f.e.c.t.i.o.n.

"Si tu est anorexique tu es forcément un squelette"
(comment ça je m'acharne sur le monsieur d'Inktober)
(oui) (tu es artiste tu as une responsabilité)

C'est pervers parce qu'on en vient à gommer sa personnalité pour devenir une bonne anorexique (si on est comme moi une adolescente hautement influençable et sans aucune notion de son identité (et à des milliers de kilomètres de se douter que y'a pas besoin d'être anorexique pour valoir quelque chose)). On se dit "si des filles parviennent à ne rien manger, à avoir d'excellentes notes et à faire énormément de sport, pourquoi pas moi ?" et on essaye. Et on se bousille les articulations à courir parce que "les autres anorexiques le font alors ça doit marcher pour être maigre", et on devient phobique scolaire à force d'exiger un travail au-dessus de ses capacités, et on redevient pas tout à fait soi-même en retrouvant la raison.
Mais si je dis ça c'est parce que j'ai voulu devenir anorexique. J'avais déjà un rapport fucked up à l'alimentation et à mon corps mais je voulais devenir anorexique parce que pour moi c'était la perfection. Parce qu'on me le représentait comme la perfection.
Alors que j'ai été anorexique et j'étais misérable. A des années lumières de l'anorexique parfaite.
Je voudrais qu'on le dise, ça.
Que l'anorexie c'est une grosse souffrance qui vous coupe des autres, de vous-mêmes, qui vous empêche d'atteindre vos objectifs parce que quand vous mangez une tomate par jour vous n'avez l'énergie de rien, qui vous fait mourir.
Ce n'est pas glamour, ce n'est pas désirable, ce n'est absolument pas être parfait. C'est être malade.
Il faut déconstruire l'imaginaire des TCA. Et ça ne passe pas seulement par montrer des vrais corps.
ça passe aussi par montrer des vrais malades.