jeudi 4 juin 2015

T'es pas drôle

A partir du moment où tu prends conscience des problèmes dans le monde qui t'entour et que tu essayes de réveiller la conscience des gens, tu deviens chiant. C'est comme ça.
Personnellement, j'y ai laissé ma capacité à rire de certaines choses.

J'aime pas les blagues machistes. J'aime pas que sous couvert de l'humour, on tape sur les femmes. J'aime pas les réflexions du genre "une femme ça a pas à parler dans la voiture", ou "va fait la cuisine, femme !", même si c'est pour rire.
J'aime pas les blagues racistes. J'aime pas les blagues sur les Belges, j'aime pas les blagues sur les arabes, j'aime pas les blagues sur les juifs. Celles sur les blondes, c'est le combo : macho et discriminant.
J'aime pas les blagues homophobes, non plus.
Ni les blagues sur les grosses.
Ni les réflexions du style "hé regarde la meuf elle est anorexique erf erf !".

Oh ça va, c'est pour rire...

Je ris mais je ris jaune, je ris grinçant, je ris poliment.

Vous connaissez la phrase : "on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ?".
J'ai le syndrome inverse : je ris de tout avec tout le monde parce que ce n'est pas avec tout le monde qu'on peut expliquer que ce n'est pas drôle.

Comment ça, c'est pas drôle ? Comment ça, ma blague elle est humiliante et rabaissante pour les femmes ? Rahlàlà, z'avez pas d'humour vous les féministes.
Ouais.
J'ai pas d'humour.
Ou plutôt j'aime pas qu'on se moque des gens. Même quand c'est pas sérieux. Même quand c'est pour déconner.

Parce qu'en fait, l'humour, ce n'est pas inoffensif. En faisant des blagues sur les femmes, sur les arabes, etc., tu entretiens les clichés. Oui, même si toi tu es quelqu'un d'ouvert d'esprit et blablabla. Peut-être que les gens qui t'entourent, non. Tu sais pas. Peut-être que même si les gens autour de toi rigolent, tu en blesses quelques-uns. Tu sais pas.

Mais c'est pour rire je te dis !

Le truc c'est que si quelqu'un t'explique que ta blague l'a blessé, c'est pas parce que ce quelqu'un a pas compris que c'était une blague ou qu'il a un balai dans le fondement ou quoi que ce soit. Tu n'as pas à lui expliquer que c'est de l'humour, que rohlàlà faut se détendre, non. Quand tu écrases le pied de quelqu'un sans faire exprès, tu t'excuses. Tu ne lui expliques pas qu'il ne devrait pas avoir mal. Et bah quand tu blesses quelqu'un avec ton humour, tu t'excuses aussi. Et tu essayes de te demander si vraiment, il faut rire de tout.

4 commentaires:

  1. Hello,
    Je trouve ton article très intéressant, et très à contre-courant de ce qu'on entend d'habitude (rire de tout = ouverture d'esprit). J'aime beaucoup ton angle de vue, et la comparaison avec l'écrasement du pied du voisin.
    Je me demandais ce que tu pensais de Charlie Hebdo (puisque 'est d'actualité) et de leur habitude de ce moquer de l'Islam/des islamistes (parfois la limite n'est pas très claire) ? Et qu'en est-il de la sacro-sainte liberté d'expression invoquée, selon toi ? Perso, je trouve qu'on rit facilement sur le dos de stéréotypes dans lesquels on ne se retrouve pas. D'un autre côté, rire des travers de son propre "groupe social", c'est prendre du recul, dédramatiser et là, c'est positif ! Donc pour ma part, on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Et le savoir, c'est aussi faire attention aux autres, connaître ses amis, être attentive à autrui. Par ex, je vais pas lâcher une blague sur les filles à gros seins (j'en suis) au boulot, mais devant ma meilleure amie (qui en a aussi) je sais que ça va nous faire rire et que ce sera pas vulgaire ou rien.
    Désolée pour la tartine !
    Bisous!

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    Réponses
    1. Oh, merci beaucoup ^^
      Je ne suis pas lectrice de Charlie Hebdo, mais forcément j'en ai entendu parler. C'est vrai que se moquer d'une population déjà "sensible" c'est pas forcément la chose à faire, surtout que représenter le prophète c'est un peu un sacrilège. La liberté d'expression entraîne des responsabilités, forcément, et on a tendance à l'invoquer à tort et à travers pour tout justifier. Mais je ne dis pas qu'ils ont mérité ce qui leur est arrivé ou quoi que ce soit, la riposte était intolérable.
      Je suis d'accord, c'est facile de rire des autres, mais l'autodérision, tout de suite c'est plus compliqué (ceci dit, une fois qu'on arrive à rire de soi-même, c'est bien).
      Je suis tout à fait d'accord avec la dernière partie de ton commentaire : savoir avec qui on peut rire de quoi c'est faire attention aux autres, et trop peu de gens le font.

      J'adore les commentaires-tartines ^^
      Bisous

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